
Paolo Monti n’était pas destiné au vin.
Sa famille vient du Canavese, près de Turin — une terre plus connue pour l’Erbaluce di Caluso que pour le Barolo. Adolescent, à peine son permis en poche, il sillonne déjà les vignobles de Champagne, de Moselle, du Frioul, de Toscane, jusqu’en Rioja. Pas en touriste — en curieux qui veut comprendre pourquoi certains vins marquent, et d’autres s’oublient.
C’est pendant son service militaire qu’il rencontre Roberto Giardino, aujourd’hui son associé et œnologue. De cette rencontre naît, en 1995, un projet commun.
Leur première Barbera sort en 1997 — 2700 bouteilles, dix barriques neuves. Un pari modeste. Puis un critique américain influent la note au-dessus de 90 points. Du jour au lendemain, elle part en entier vers les États-Unis et la Suisse.
En 1999, ils achètent leurs premières parcelles à Bussia et se lancent dans le Barolo. Grand millésime, grande confiance.
Ce qui suit, ce sont trente ans de crises traversées une à une : le 11 septembre 2001, la pluie de 2002 qui les force à déclasser tout leur Barolo en vin de table, la crise financière de 2008, le Brexit, le Covid, la guerre en Ukraine.
“En trente ans, on les a toutes vues. Si tu ne crois pas à ton projet, tu aurais déjà arrêté.”
Depuis 2011, le domaine produit 100% de son énergie par panneaux solaires. Ils en vendent 80% — pas par conviction écologique affichée, simplement parce que ça a du sens.
Paolo n’aime pas le mot “cher”. Il préfère “coûteux” — la nuance compte : un prix élevé devrait toujours refléter un vrai travail, pas juste une image.
Il compare la réduction des rendements à un sprint : courir le 100 mètres avec un sac à dos de dix kilos. Moins de grappes, plus de concentration — la vigne, comme le coureur, ne peut pas tout donner à la fois.
Après des années où les Barolo de la région gagnaient en puissance et en structure, au point que certains clients laissaient leur verre à moitié plein au restaurant, Paolo a réintroduit un mot dans ses critères de vinification : la buvabilité.
Il travaille encore aujourd’hui près de 18 heures par jour, chaque parcelle vendangée séparément selon sa couleur, sa structure, sa puissance propre.
Chaque matin, la même vue spectaculaire sur les collines l’attend. Il admet, sans grande cérémonie, qu’elle est devenue une routine.
“Aujourd’hui, le luxe, ce n’est pas d’aller dans un hôtel cinq étoiles. Le luxe, c’est d’avoir du temps à se consacrer à soi-même.”