
Le nom sur l’étiquette n’est pas le sien.
Le domaine porte le nom d’un aîné — Oreste Stefano. Celui qui travaille aujourd’hui la vigne, seul, s’appelle Clemente.
Les vignes ont été plantées en 1953. Soixante-treize ans qu’elles tiennent cette terre, racines profondes, rendement modeste. La cave, elle, tient dans trois petites pièces — pas plus.
Clemente fait tout seul. La taille d’hiver, à elle seule, lui prend deux semaines pleines. Un sarment choisi, un autre coupé — chaque choix engage la vigne pour l’année à venir, parfois pour les deux suivantes.
Pendant qu’il travaille, seul dans les rangs, il écoute de la musique. Pavarotti, souvent.
“Je suis seul, alors ça m’accompagne. La musique, c’est fondamental.”
Dans la cave, un outil qu’il appelle simplement “le voleur” lui permet de puiser un peu de vin directement au tonneau, sans l’ouvrir. Une future réserve vieillit là, patiente — elle ne sortira pas avant 2029.
On lui a demandé un jour s’il ferait autre chose de sa vie, s’il en avait l’occasion.
“Non, ce que je fais déjà me suffit.”
Ce n’est pas de la résignation. Entre la vigne et la cave, le métier prend déjà toutes les heures qu’il a à donner — et il ne semble pas en vouloir d’autres.
Un jour, peut-être, un enfant grandira dans cette cave comme il a grandi lui-même dans l’ombre du nom d’Oreste Stefano. En attendant, c’est encore Clemente, seul, avec Pavarotti pour toute compagnie.